Nous sommes en avril et c’est le douzième anniversaire de InterActions-Solidarity, une ONG fondée à Monaco et en France pour soutenir des projets de préservation de l’environnement et de réduction de la pauvreté au Kenya. En guise de célébration, voici un article qui explique leurs projets passés, présents et futurs.

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1 – Pouvez-vous nous présenter brièvement InterActions & Solidarity?

InterActions & Solidarity est une Organisation non Gouvernementale environnementale et de solidarité internationale, laïque, indépendante et démocratique. Dans une dynamique de développement durable, I&S accompagne les communautés dans leur processus de transformation à fin de réduction de la pauvreté et de préservation de l’environnement. Les projets reposent sur des moyens et un recrutement localement mis en œuvre afin de répondre aux besoins des communautés avec des solutions viables, efficientes et reproductibles qui constituent la priorité d’InterActions & Solidarity et dont l’objectif est de:

★Favoriser l’accès des communautés aux services éducatifs, sociaux, sanitaires et médicaux de façon durable.

★Contribuer à la sécurisation et à l’amélioration des revenus des communautés en implantant des programmes d’économie solidaire et sociale, d’écotourisme, et de sécurité alimentaire.

★Permettre la préservation d’un environnement durable de qualité par des activités d’éducation environnementale et de protection de la biodiversité.

★Renforcer les capacités d’intervention, de management et d’orientation stratégique des ONG locales.

Basés sur l’analyse des demandes communautaires, des besoins et des ressources, et paramétrés par un mécanisme systématique veillant à l’obtention des résultats attendus, nos projets s’articulent sur des bases de travail participatives.

2 – Ce mois d’avril vous avez fêté vos 12 ans d’actions au Kenya. Si vous deviez résumer en 3 points ces 12 années, quels seraient-ils et pourquoi?

En premier, l’engagement des bénévoles sur le terrain et l’esprit participatif communautaire. Notre plus grande réussite a été l’implication de toute une communauté et leur fierté à vouloir intégrer le réseau I&S. L’appropriation des projets par les communautés a été un élément clé dans notre processus de désengagement.

Ensuite, les rencontres humaines et les liens tissés. Nous avons toujours pris soin de comprendre les besoins des gens, leurs demandes, leurs coutumes et nous n’avons jamais voulu à aucun moment imposer un choix ou une décision. Il nous a fallu oublier nos réflexes et habitudes d’occidentaux à penser que ce qui est bien pour nous serait bien pour eux. Le respect de leur mode de vie et de leur mécanisme de pensée nous a permis de nous intégrer et de pouvoir avancer non pas à côté d’eux mais avec eux.

Enfin, le refus de privilégier le développement économique du Kenya au détriment des communautés et de leur environnement. A chacun de nos déplacements depuis ces 5 dernières années nous avons assisté à une lente destruction de l’environnement. Les routes, les ponts, les cimenteries gagnent sur la brousse, la faune sauvage a été « expropriée » de son habitat et doit traverser les routes où se croisent poids lourds et voitures; il en est de même pour les troupeaux de bétail. La ville gagne du terrain et les parcs ne suffisent plus à subvenir aux besoins vitaux de la faune et la flore.

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3 – Concernant le renforcement des composantes d’InterActions & Solidarity en 2015, quels sont vos futurs intentions/projets dans ce domaine pour 2016?

Nous démarrons en 2016 un nouveau programme appelé « Programme ELLEBORR » au Nord Kenya, dans le Comté de Marsabit, en partenariat avec Strategies for Northen Development, une ONG locale. Nos missions en cours sont l’aide alimentaire et les premières actions de santé publique d’urgence sur la communauté Borana qui depuis 2013 est victime de violences meurtrières et de pillages systématiques.

Après une fuite en masse motivée pour une ataque particulièrement sanglante, une partie de la population a été déplacée dans le camp de réfugiés de Magado en Ethiopie, et les autres personnes sont restées au Kenya et ont été accueillies par la population Borana d’Elleborr. Ce sont des personnes qui vivent sous le seuil de la pauvreté absolue sans eau potable, sans soins, dans des abris de fortune et sans nourriture régulière.

Nos missions en cours sont l’aide alimentaire et les premières actions de santé publique d’urgence. Déployer parallèlement les premières activités de développement est vital afin de ne pas maintenir la communauté dans une situation de dépendance totale, et préparer l’avenir. Nous organisons du déploiement de l’aide alimentaire et de la surveillance médicale, soit sur le plan logistique, soit sur le plan communautaire. Nous avons aussi dévéloppé un projet de gestion de l’aide alimentaire et de la surveillance médicale pendant 6 mois. Un micro-projet de démarrage d’activités de production et de vente de produits agricoles et d’apiculture sera mis en œuvre pendant la phase d’urgence afin de raccourcir le plus possible la période durant laquelle l’aide alimentaire sera nécessaire, dans le but d’éviter la création de phénomènes de dépendance, de limiter l’intégration de l’aide au sein des stratégies de survie de la population et d’éviter l’apparition de changements dans les pratiques alimentaires.

4. Y a-t-il eu une réalisation qui a eu une importance toute particulière pour InterActions & Solidarity durant ces dernières années?

Le programme N’GAISSI a une importance toute particulière par sa durée et ses résultats obtenus. Nous l’avons porté pendant plus de 10 ans et rares sont les projets dont les porteurs peuvent témoigner d’une telle pérennisation. A la base, la communauté de Noomayianat ne disposait ni de système éducatif, ni de système de santé, n’avait pas accès à l’eau potable et ses mécanismes de survie s’articulaient autour de la pratique d’un élevage de subsistance familial vulnérabilisé par les sècheresses.

Fin 2015, chaque projet a été géré par une association locale (CBO : Community Based Organization) formée à la gestion de projet. La gestion et la gouvernance des différentes CBOs sont encore régulièrement supervisées par I&S. Grâce aux différentes formations, les CBOs ont gagné des compétences et permettent d’établir un réseau partenarial multisectoriel. La population a développé des activités lucratives dans le secteur informel puis formel. Elle a maintenant davantage accès à l’emploi et au crédit, et entreprend des activités génératrices de revenus à fort potentiel de rentabilité.

La population a aussi augmenté la productivité et la rentabilité des systèmes de production agropastoraux, participe à la préservation d’un environnement sain et à la gestion durable des ressources naturelles.

Les projets vont se renforcer et évoluer par l’appropriation communautaire. Ils seront auto-financés par les ressources mobilisées par la communauté grâce aux activités génératrices de revenus, les micro-crédits, Amboseli Eco Camp et aux contributions du Gouvernement du Kenya.

Nous ne remercierons jamais assez nos donateurs qui nous ont suivi tout au long de ce processus et qui n’aurait pas pu aboutir sans leur support financier.

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5.    Que pensez-vous de Horyou et de sa communauté dont vous êtes un membre actif? Qu’est ce que la plateforme vous apporte dans le cadre de votre action? 

La richesse de la communauté d’HORYOU tient à la diversité de ses membres issus de tous horizons. C’est avant tout un support de communication où chacun a la possibilité de s’exprimer et d’informer des sujets qui l’interpellent où le passionnent. Nous sommes membres d’Horyou depuis l’ouverture de son portail et nous avons observé un accroissement constant du nombre de ses membres, nous pensons que c’était un véritable challenge vu le nombre de réseaux sociaux existants. Pour nous, c’est un outil de communication nous permettant de faire découvrir nos actions, toujours quantifiables et vérifiables, à l’international. Porte-paroles des communautés que nous soutenons, chaque post que nous publions se fait de manière collégiale. Pour exemple, L’image des Maasaï a été trop longtemps utilisée sans leur consentement et pas toujours à bon escient. Comme dans chaque pays, les faux projets se multiplient au Kenya et les communautés en sont les premières victimes, ainsi que les associations qui essayent de développer de vrais projets. Grâce au portail d’Horyou, nous témoignons de nos actions et espérons donner une image positive du monde associatif.

6.    Notre philosophie s’articule autour de valeurs universelles que nous retrouvons dans le slogan « Dream Inspire Act ». Qu’est ce que ces 3 mots évoquent pour vous et votre organisation?

Rêver d’être un témoin et un acteur de son temps ? N’est-ce pas le souhait de chaque être humain? Dans le cadre de notre Organisation, la part de rêve n’a pas vraiment sa place. Nos actions sont déclenchées dans le cadre de besoins vitaux formulés par des communautés et nous ne sommes pas porteurs de rêves mais d’actions concrètes, rapides et bénéfiques sur le long terme. Vu le contexte global très égoïste et individualiste, une nécessaire utopie est néanmoins indispensable pour s’engager sur le long terme.

7. Si vous pouviez partager un message avec l’ensemble des membres de la communauté Horyou, quel serait-il? 

Continuez à partager, à informer, mais aussi à débattre sur un monde dont nous n’avons malheureusement plus la maitrise et qui chaque jour un peu plus nous échappe. On responsabilise, on pointe les gouvernements dans leur gestion de déclenchement des guerres, des massacres des civils, des persécutions d’ordre religieux ou ethnique, de la destruction de notre biodiversité mais n’oublions pas que chacun peut en porter la responsabilité par son mode fonctionnement et ses mécanismes de pensée. Vos témoignages sont riches mais n’oubliez pas, à chaque fois que possible, de proposer des solutions. C’est par la tenue de propos ouverts et constructifs que les meilleurs échanges se feront et pourront déboucher sur de belles actions.

Écrit par Hannah Nunes

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